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 Égalité entre hommes et femmes : le nécessaire dépassement du capitalisme

mardi 11 septembre 2018

Égalité entre hommes et femmes : le nécessaire dépassement du capitalisme

Dans nos sociétés capitalistes, l’inégalité économique que subissent les femmes en comparaison des hommes n’est plus à démontrer : retraites moins élevées, inégalité salariale, frein à l’embauche, plafond de verre dans l’évolution de la carrière professionnelle, précarité des femmes seules avec enfants, emplois à très basses rémunérations occupés majoritairement par des femmes… La liste est longue.

L’assignation des femmes à des rôles spécifiques au sein de la sphère familiale, et à une place de second plan dans la sphère productive, est un symptôme saillant que l’on retrouve dans toutes les sociétés de classes. Une caractéristique particulière du système capitaliste est la conception des individus, hommes et femmes, comme des forces de travail : de la même manière que des marchandises, les travailleurs et travailleuses sont échangeables sur un marché – le marché de l’emploi –, et se voient conférer une valeur d’usage et d’échange permettant à l’employeur de créer de la valeur, et in fine, d’en extraire la plus-value. Comme l’expliquait déjà Marx, l’exploitation de la force de travail dépend en grande partie de la « disponibilité » des individus sur le marché de l’emploi. Ainsi, aux yeux des employeurs, en comparaison des forces de travail masculines, la particularité des femmes est de présenter une disponibilité réduite en raison de leur maternité potentielle. Dans le cadre du système capitaliste, la maternité potentielle ou réelle des femmes au cours de leur vie est loin d’être un détail biologique anodin : c’est autour de cette distinction que s’articulent les structures genrées de l’exploitation (notamment l’inégalité salariale) et l’idéologie qui les légitime.

Cette idéologie, véhiculée à tous les niveaux de l’entreprise et à tous les niveaux de la société, prétend que, ayant à pourvoir aux besoins d’une famille, les hommes quitteraient leur emploi s’ils ne pouvaient évoluer professionnellement, alors que beaucoup de femmes ne viendraient chercher qu’un salaire d’appoint en se présentant sur le marché de l’emploi. Autrement dit, aux yeux de l’employeur, les femmes manquent d’ambition et sont susceptibles de se satisfaire de perspectives réduites de carrière parce qu’elles sont supposées vivre en couple avec un homme pourvoyeur principal de ressources, qui, lui, doit avoir des perspectives d’évolution. De la même manière, l’idéologie de la « disponibilité totale » des hommes pour l’activité professionnelle agit comme un critère discriminatoire de promotion et de salaire plus élevé. Indépendamment de ce que les hommes font réellement dans la sphère domestique (pères « participatifs » ou « absents », célibataires), ils sont pensés a priori comme « disponibles » pour l’employeur. De la même manière, indépendamment de ce que les femmes font réellement dans la sphère domestique et productive, elles sont pensées comme a priori « moins disponibles ».

Cette conception du travail des femmes comme « salaire d’appoint » impacte considérablement la structure de l’emploi : En Suisse, la part d’emplois à temps partiel des femmes est la plus haute parmi les pays de l’OCDE, juste après les Pays-Bas : 44,6 % des femmes travaillent à temps partiel, contre 11,2 % des hommes . L’emploi à temps partiel des femmes, souvent synonyme de précarité économique, est largement renforcé par un certain nombre de politiques publiques : les résultats d’une enquête montrent clairement à quel point les dispositifs fiscaux et les politiques de tarification des crèches se combinent pour créer un effet incitatif puissant à l’activité à temps partiel des femmes, notamment en présence de deux enfants ou plus.

Partant de ces constats, faudrait-il donc se contenter de prôner l’égalité salariale entre hommes et femmes, imaginer des dispositifs incitatifs à l’emploi à plein temps des femmes, ou encore encourager les employeurs à embaucher des femmes pour des postes à responsabilité ? Non, tout cela n’est pas suffisant. Les femmes ne devraient pas avoir pour seules ambitions de devenir des « exploitées comme les autres ». À court terme, nous pouvons évidemment lutter pour tempérer les symptômes de l’exploitation des femmes ; en ce sens, les différents mouvements se mobilisant contre le refus de l’application de l’égalité salariale, ainsi que l’appel à une grève féministe nationale, sont parfaitement encourageants. Mais ne perdons pas de vue qu’à long terme, l’émancipation complète des travailleuses, comme des travailleurs, devra nécessairement passer par l’abolition du système de production capitaliste : ce n’est que lorsque les travailleuses et travailleurs prendront le contrôle démocratique des moyens de production que les travailleurs cesseront d’être considérés comme une main-d’œuvre exploitable à l’envi, et que les travailleuses cesseront d’être considérées comme une main-d’œuvre de seconde zone aux ambitions limitées.

1. OCDE, Taux d’emploi à temps partiel, 2017. https://data.oecd.org/fr/emp/taux-d-emploi-a-temps-partiel.htm

2. Bütler, M. (2010), « Quand le travail coûte plus qu’il ne rapporte. Etude sur l’impact de la fiscalité et des frais de crèche sur l’activité professionnelle des femmes en Suisse romande », egalite.ch, Conférence romande pour l’égalité.

Par Anaïs Timofte – Article publié dans « Résistance » le journal du POP Vaudois