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 Initiative monnaie plaine

dimanche 15 avril 2018

Un oui critique

Réguler le bassin aux requins, imposer des règles de jeu au requin, c’est plus ou moins le but de l’initiative monnaie pleine. Elle veut que « la loi régule le marché financier dans l’intérêt de tout le monde » et surtout de réguler les obligations fiduciaires des services financiers, de superviser les conditions de services financiers, l’approbation et la surveillance des produits financiers, les exigences de fonds propres et la limitation du négoce pour compte propre. Seule la Confédération « produit des pièces de monnaie, des billets de banque et des billets en guise de monnaie légale ». Cette revendication, qui peut être lue dans le texte de l’initiative, présente la préoccupation centrale de la réforme de la monnaie pleine. Les banques ne sont autorisées à prêter que l’argent qu’elles ont reçu, que ce soit de la part des épargnants, des entreprises, des compagnies d’assurance, d’autres banques ou de la banque nationale suisse (BNS). « Ainsi les banques, les sociétés et les particuliers se retrouvent au même niveau et doivent d’abord posséder l’argent eux-mêmes pour l’émission de prêts », informe le site internet des initiateurs.

Pas d’étatisation, malheureusement

Aussi noble que puisse être le projet, il reste bref. Les conséquences de l’économie capitaliste est réduite à la création de l’argent. Aucun mot sur la création de la plus-value ou sur l’exploitation de l’homme ainsi que de la nature dans l’intérêt des profits de quelques-uns et au détriment de beaucoup n’est mentionné. Les banques sont le mal fondamental pour les initiateurs et doivent donc être remis à leur place.
Bien sûr, les banques sont des requins sanguinaires dans la piscine financière, mais ce ne sont pas les seules ! Le mal fondamental reste le système économique capitaliste exploiteur lui-même. Les initiateurs veulent créer ce mal de base "d’une manière sociale". Les initiateurs ne se fatiguent pas à souligner leur engagement envers une « économie de marché équitable » dans leur campagne. Il est naïf de penser que le requin peut être remis à sa place quand il a reniflé du sang. Les partisans aiment aussi souligner que leur initiative est tout sauf une « étatisation ». Ce qui serait alors absolument nécessaire pour combattre le mal fondamental, c’est-à-dire la nationalisation des banques, qui est catégoriquement rejeté par les créateurs de l’initiative. La raison en est évidente : ils ne veulent pas être placés dans un le camp de la gauche, afin de ne pas réduire davantage leurs chances de victoire déjà faibles.

Le système fonctionne ?
L’initiative monnaie pleine est un projet petit-bourgeois qui ne changera pas les structures du pouvoir réel, et ne veut même pas les secouer. Le Parti suisse du Travail – Parti ouvrier et populaire (PST-POP) en est conscient. Néanmoins, le parti a adopté un oui critique à l’initiative. Pourquoi ? Les raisons se retrouvent presque paradoxalement dans les arguments des adversaires de l’initiative. La BNS, en particulier, a travaillé dur pour trouver une documentation complète dans laquelle elle glorifie le système monétaire et financier actuel en Suisse : « Le système monétaire actuel fonctionne bien. Il n’y a pas de problème fondamental en Suisse qui doit être résolu. Le système financier a fait ses preuves. La crise financière a été surmontée. "Que le PST-POP voit cela complètement différent, n’a pas besoin d’être souligné et se résume à deux questions simples : pour qui le système monétaire fonctionne-t-il bien ? Pour qui le système financier actuel a-t-il fait ses preuves ? Ou simplement : qui en profite ? La politique reste toujours une question de classe et donc de lutte des classes. Les adversaires de l’initiative en sont pleinement conscients, alors que les initiateurs le cachent complètement.

Petite restriction
La BNS poursuit en disant : « L’émission de monnaie de banque centrale, qui n’implique pas de dette, comme le prévoyait l’initiative, exposerait la banque nationale aux désirs politiques. L’appel au financement de projets et de dépenses publiques par l’intermédiaire de la BNS augmenterait inévitablement. La politique monétaire indépendante et la réalisation de son mandat serait à risque. » Ainsi, la BNS admet que l’initiative limiterait la portée des banques et permettrait une influence politique sur la banque nationale. Bien que cette influence politique soit très faible, elle est déjà trop importante pour la BNS. Elle se défend au nom de toutes les banques suisses contre toute ingérence démocratique dans leurs affaires, selon la devise que les politiciens peuvent faire ce qu’ils veulent, ils ne doivent tout simplement pas déranger nos cercles. L’initiative perturbe ces cercles. Le oui critique du PST-POP doit être compris comme un signe que ces cercles doivent être perturbés, mais que cela ne suffit pas de loin. Ils doivent être combattus dans le but de les soumettre au contrôle démocratique de la population.

Siro Torresan
Membre du Comité directeur du PST-POP