Le 28 novembre 2009 sera une date dont on va se rappeler longtemps, en Suisse et à l’étranger. Pour la première fois dans l’histoire, le peuple suisse, que nous avait habitué à des choix pragmatiques et réfléchis s’est prononcé en faveur d’une mesure ouvertement discriminatoire et intolérante. Il s’agit de l’interdiction de la construction des minarets, symbole de culte d’une des plus importantes religions au monde.
Si chacun et chacune des citoyens et citoyennes suisses qui ont voté en faveur de l’initiative a certainement une raison particulière, la tendance générale qui a amené à soutenir ce vote est certainement l’hostilité grandissante envers la communauté musulmane.
Depuis plusieurs années, une criminalisation de l’Islam, dont on a dit être une religion par définition violente et expansionniste, est orchestrée par la droite en occident. Combien de fois nous avons entendu Bush, Berlusconi, Blair ou Sarkozy accuser le monde musulman dans sa totalité, de fomenter le terrorisme islamique. Ses accusations ne sont que mensonge, l’immense majorité des musulmans ne conçoivent pas leur religion comme une loi de guerre. Prétendre le contraire signifie être ignorant ou bien de mauvaise fois.
La communauté musulmane suisse est, dans sa globalité, bien intégrée, peu pratiquante et travailleuse. Après ce vote, Darbellay propose l’interdiction de la burqua, comme si en temps de crise il s’agissait d’un problème à résoudre. La droite nationaliste jette des cris d’alarme sur l’islamisation. Mais de prêcheurs du Coran, qui essayent de nous convaincre à adhérer à leur religion, on n’en a pas vraiment vus. L’idée qu’il y ait une islamisation de la Suisse n’a absolument aucun sens, c’est tout simplement de la propagande populiste, pour nous distraire de la catastrophe mondiale vers laquelle ce système est en train de nous amener.
On ne peut cependant pas nier que la majorité des Suisse ont voté “oui”, et cela doit nous inquiéter. Au nom de tous les démocrates de ce pays, nous avons la nécessité d’expliquer le pourquoi 58% des votants ont accepté cette initiative absurde. Une réponse précise n’est pas facile a donner, mais une chose est certaine, les suissesses et les suisses qui ont dit “oui”, ont cru devoir arrêter un risque d’islamisation de leur pays. Mais encore, il faut essayé d’expliquer d’où vient cette conviction qui s’est autant répandue.
La propagande de l’UDC a certainement joué un rôle important, avec des affiches des plus mauvais goût que possible. Mais cela est-il suffisant pour convaincre la majorité du peuple et les cantons, alors que tous les autres partis de droite comme de gauche étaient opposés à l’initiative ?
Pourtant si on réfléchi aux images qui nous passent devant les yeux tous les jours, nous pouvons constater qu’une stigmatisation du stéréotype musulman est en cours, sans forcement qu’on s’en aperçoive.
On se rappelle par exemple d’Ali, le vendeur de kebab qui lance sa nouvelle chaîne de restaurants. Il s’agissait d’une publicité que la Société Générale d’Affichage. Beat Holenstein, responsable du marketing et acquisition de SGA affirme : « L’histoire du gérant "Ali", un personnage fictif, symbolisant les entreprises qui connaissent un succès durable grâce au média de l’affiche. Que ce soit dans une petite commune ou une grande ville. »
Avec un autre œil, dans la série d’affiches Ali Kebab, il est cependant possible de voir une mise en image de l’invasion musulmane, tant dénoncée par la droite. En regardant les quatre affiches qui composent la campagne publicitaire on peut voir Ali créer son empire. Au début du mois d’août Ali est “new in town”, mais déjà quelque jours après, il a ouvert 25 succursales. En quelque semaine il arrive à bâtir son hôtel, une tour - peut-être un minaret ? - en forme de kebab. Le grand final sera la compagnie aérienne, à laquelle nos lecteurs pourront donner une libre interprétation.
Il s’agit d’un hasard ? Difficile a dire, mais il n’y a pas que la rédaction de notre journal Gauchebdo qui s’en est aperçu. Dans les colonnes de son journal, la Lega du Tessin (parti d’extrême droite) avait exprimé sa gratitude envers SGA, et qu’ avec cette pub ils soutenais la campagne anti-minarets. Ils avaient notamment annoncé vouloir ouvrir un lien sur leur site internet avec www.alikebap.com, pour s’en servir pour afin de parler de l’initiative anti-minarets, finalement il n’a jamais été mis en fonction.
C’est qui donc cet Ali Kebab ? La SGA ne pouvait elle pas utiliser comme personnage Hans Rösti ? Comme on dit en ces cas, affaire à suivre...
Leonardo Schmid, co-secrétaire du PST-POP

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