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Réflexion, Formation

 Alcool et jeunes : les lois restrictives sont-elles la solution ?

mardi 19 février 2013


Dans la révision de la loi sur la police du commerce présentée en janvier dernier par le Conseil d’Etat, une des mesures adoptée a retenu notre attention : la vente de spiritueux à l’emporter sera désormais interdite dès 19h. Par cette remise à niveau de la loi, le but avoué du Conseil d’Etat est louable : il s’agit de « répondre à l’évolution de la société » et de lutter contre les dérives liées à la surconsommation d’alcool, chez les jeunes en particulier. Cependant, nous pensons que les solutions apportées ne correspondent aucunement à la réalité. Par cette nouvelle réforme, qui dans le meilleur des cas ne modifiera en rien la situation actuelle, le Conseil d’Etat se contente de réduire un vrai débat de société à une simple réaction sécuritaire. En effet, cette révision s’inscrit dans une série de réponses politiques qui bien souvent, cherchent à limiter les dégâts sans s’attaquer aux causes des problèmes.

Dans leur rapport sur le projet de loi (LPCom), nos autorités s’intéressent à l’évolution des comportements vis-à-vis de la consommation d’alcool et relèvent le paradoxe entre sa diminution au niveau national et l’augmentation constante du nombre d’intoxications alcooliques et des dépendances chez les jeunes. Or la réponse apportée au problème, qui va dans le sens de lois restreignant l’accès à l’alcool ne semble pas tenir compte de tous les paramètres. En effet, si l’on s’intéresse à l’évolution de la législation sur l’alcool, on remarque que celle-ci est de plus en plus restrictive depuis 1983. L’effet positif de ces mesures sur les pratiques à risques liées à l’alcool chez les jeunes, en augmentation constante, paraît donc inexistant. Par conséquent, si la législation et la restriction ne sont pas des facteurs déterminants permettant de comprendre ces comportements, il s’agit d’en chercher une explication sociétale et culturelle.

En effet, les pratiques liées à l’alcool et à sa consommation sont très diverses d’une société à l’autre. Sur ce point, la société occidentale actuelle semble atteinte d’une certaine schizophrénie : elle semble hésiter entre un discours officiel hygiéniste soucieux de sauvegarder l’ordre public et des mécanismes réels basés sur les valeurs issues du néo-libéralisme que sont le consumérisme, l’individualisme exacerbé, la compétition à outrance et la jouissance matérielle comme finalité de l’existence. Nul doute que cette culture individualiste agit sur nos comportements vis-à-vis de l’excès, d’alcool en particulier. L’alcoolisme en tant que problème social d’envergure apparaît ainsi à l’ombre de la révolution industrielle : l’exode rural et la naissance du prolétariat en tant que classe, la perte de repères et la fragmentation sociale que cela implique, peuvent aisément être considérés comme les causes principales de la surconsommation d’alcool dans les sociétés d’alors. Ainsi dans l’Assommoir de Zola, l’alcoolisme ravage les classes populaires cherchant un exutoire à leurs existences miséreuses.

Bien sûr, les conditions ont changé. Quand les prolétaires du XIXème ne cherchaient qu’à oublier la dureté et l’inéluctabilité de leurs conditions de vie, la société néo-libérale actuelle fait miroiter la récompense individuelle par le labeur à tout un chacun. Mais un gouffre béant sépare ce discours de la réalité. Ce décalage provoquera forcément un sentiment d’insatisfaction chez quiconque ne se retrouve pas dans cette loi du plus fort, où tout ce qui est acquis hier ne l’est plus forcément demain. Devant cette instabilité perpétuelle, le groupe, la « bande » peut être perçu en tant que refuge ; il recréé ses propres codes et rites de passage qui disparaissent peu à peu de la société moderne. La surconsommation d’alcool, la recherche de l’ivresse le plus rapidement possible apparaît dès lors aussi comme un moyen d’identification culturel.

Les problèmes liés à la surconsommation d’alcool chez les jeunes semblent donc au croisement de plusieurs causes : conséquence d’un individualisme exacerbé, échappatoire à la frustration, moyen d’appartenance à un groupe… Dans tous les cas, on peut dire avec certitude que ces pratiques n’existeraient pas hors d’un contexte socio-culturel précis et il n’est pas envisageable d’apporter des solutions sur le long terme sans en tenir compte. Ces comportements ne sont que le reflet d’une société et de son lot de dysfonctionnements, dont notre génération n’a eu le choix d’hériter. Résoudre les problèmes de surconsommation d’alcool nécessite donc de s’attaquer aux causes et il est évident que cela dépasse de loin le cadre de la simple législation cantonale.

Cependant il est possible d’agir sur le contexte, et ce à n’importe quel niveau de la société. Ainsi, si nos dirigeants se soucient véritablement de l’avenir de leurs enfants, s’ils souhaitent réellement nous laisser un canton où l’on puisse vivre dignement et où prédomineraient la solidarité et la compréhension entre individus, nous les invitons à défendre avec ardeur la stabilité de l’emploi, la sécurité sociale et le service publique au lieu de s’attarder sur des demi-mesures qui ne sont en aucun cas des solutions réelles à des problèmes autrement plus complexes.

Le Conseil d’Etat essaye de traiter la gueule de bois, nous souhaiterions qu’il s’attaque dorénavant aux causes de l’ivresse.

Lucas Moser, pour les Jeunes POP neuchâtelois

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